Dimanche 31 août 2008


Grâce au génial Michel, grand maître ès php et autres sigles barbares, un semblant d'ordre a été apporté dans le « Grand bazar des choses publiques », la base de données d'informations alter-utiles alimentée par votre serviteur. Il est maintenant possible d 'exécuter des recherches par mots-clefs dans le bazar, ce qui était devenu indispensable avec l'augmentation du nombre d'articles.


En clair : cliquez ici pour plonger dans le chaos du bazar ou pour la recherche par mots-clefs.

par Blondin
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Vendredi 1 août 2008

Le retour du Jedi? Michael Moore

J'ai jusque là dressé un tableau assez noir de mon « réveil américain » et vous pourriez à ce stade me taxer d'anti-étasunien primaire... Mais ce qui a rendu mon expérience outre atlantique encore plus marquante, c'est que la grande majorité des étasuniens, pris individuellement, sont éminemment sympathiques. Il est d'ailleurs beaucoup plus facile d'engager une conversation dans les rues d'Honolulu que dans celles de Paris! J'ai ainsi appris à dissocier complètement les habitants et le gouvernement d'un pays (il était temps, avec notre nouveau gouvernement...). Je pense que cette dissociation est absolument révélatrice de la déconnexion qui existe de plus en plus entre deux entités, les « élites » dirigeantes et le peuple, qui poursuivent de moins en moins les mêmes objectifs. Mais les gouvernements camouflent cette divergence d'objectifs en exigeant de plus en plus des privilégiés qui ont un travail, ainsi qu'en déversant sur les masses laborieuses un tombereau de propagande et une marée de « divertissements » anesthésiants (c.f. cette interview de Noam Chomsky sur le décalage entre opinion et poliques publiques aux USA).

Et alors? et personne ne sort du rang? aucune voix ne s'élève contre le discours terrorisant de Fox news et autres bras armés des « neo-cons » (pour neo-conservatives, c'est comme ça qu'on appelle les libéraux extrêmistes tendance Bush aux USA). Si, bien-sûr, il existe des « whistle-blowers », des « donneurs d'alertes », mais ils ont fort à faire dans un paysage politique sans gauche et face à la machine de guerre médiatique républicaine.

Le plus célèbre (et le plus controversé d'entre eux) est Michael Moore.

Depuis son engagement forcené contre la réélection de Bush en 2004, il a été carbonisé par les médias US, obligeamment relayés par leurs confrères du reste du monde. La machine à broyer médiatique US lui a accolé l'étiquette de menteur et il est largement discrédité, même chez les intellectuels progressistes. On lui reproche en gros d'utiliser les mêmes tactiques que la grosse machinerie médiatique qu'il entend combattre, c'est à dire le « selective editing », le saucissonnage des images pour ne conserver que celles qui servent son propos. S'il est vrai que Big Mike a tendance à grossir le trait (mais bon, il faut ça dans l'entertainment US), il n'a perdu aucun des nombreux procès que les armées de juristes embauchés par ses détracteurs n'ont pas manqué de lui intenter. Il produit ainsi sur son site internet une liste impressionnante de sources étayant les faits présentés dans ses films. Je citerais enfin deux anecdotes personnelles assez révélatrices.

La première est le refus pur et simple opposé par le seul supporter assumé de Bush que j'ai rencontré aux USA (un étudiant brésilien), de poursuivre toute discussion, dès que le nom, ou des faits rapportés par Michael Moore sont mis sur le tapis. Etrange manoeuvre rhétorique (et aveu d'impuissance implicite), que de refuser tout dialogue sur certains sujets sensibles...

J'ai déjà relaté la seconde anecdote dans mon billet sur le système de santé US. Elle concerne une critique du dernier (et excellent) film de Michael Moore : Sicko. Cette critique a été publiée dans un journal, pourtant plutôt de gauche et intéressant, le Weekly de Honolulu, journal gratuit qui couvre les informations locales et culturelles à Oahu. Le journaliste reconnaît avec Big Mike que le système d'assurance maladie aux Etats Unis est catastrophique (« abysmal »), mais il reproche à Michael Moore sa façon de présenter les systèmes de santé cubains, français, canadiens et anglais. Il lui est impossible d'imaginer des systèmes de santé où l'essentiel des soins est remboursé, et surtout si l'info vient de Michael Moore... Comme il est très difficile pour un français de se représenter concrètement le système de santé étasunien sans y être confronté pratiquement : choisir sa compagnie d'assurance maladie privée : décider si l'on prend le risque de sacrifier ses dents, ses yeux, le remboursement de l'ambulance, pour quelques dollars de plus...On le voit, la propagande est bien huilée...


par Blondin publié dans : L'Amérique!!
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Samedi 26 juillet 2008

Struggle for life

La société capitaliste US est basée sur l'idée que la compétition est bénéfique, qu'elle stimule et révèle le potentiel créatif de chacun, permettant ainsi de produire plus de richesses et donc, de bonheur. Cette théorie du marche ou crève est souvent justifiée par de vaseuses allusions à la théorie darwinienne de l'évolution. Il est en effet commode de dire : regardez! c'est ce qui se passe dans la nature! Nous faisons partie de la nature, il est donc normal de se comporter comme elle!

Le problème est que la théorie darwinienne de l'évolution ne s'applique qu'au niveau de l'individu.

Lorsque l'on passe au niveau du groupe, on se rend compte que ce sont au contraire que les phénomènes de coopération deviennent nécessaires afin d'assurer la cohésion sociale au sein de groupes [Axelrod, 1984]. Les relations de coopération se substituent ainsi aux comportements de pure compétition dans la nature [Jacquard, 2008], ainsi que dans les sociétés humaines, dès lors que plusieurs individus sont en interaction pendant un laps de temps suffisamment long [Axelrod, 1984]. Darwin l'a d'ailleurs écrit lui-même dans un ouvrage postérieur à son fameux « De l'évolution des espèces » :

« It must not be forgotten that although a high standard of morality gives but a slight or no advantage to an individual man and his children over the other men in his tribe, yet that an advancement of morality and an increase in the number of well-endowed men will certainly give an immense advantage of one tribe over another. »
« Nous ne devons pas perdre de vue que, si un haut sens moral ne procure qu'un avantage très mineur, voire nul, à un individu isolé et à sa descendance, par rapport aux autres membres de sa tribu, un accroissement de la moralité et du nombre d'hommes de bonne volonté au sein d'une tribu lui donnera au contraire certainement un immense avantage sur une autre tribu moins solidaire. »
Charles Darwin, The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex, Londres, John Murray, 2 volumes, 1871. [2e éd. : 1874 avec une note additionnelle de Th. Huxley]

Donc, à moins de se destiner à vivre toute sa vie seul, sans contact autres que violents avec les autres, la justification darwinienne de notre monde capitaliste manque singulièrement de fondements scientifiques. Pourtant, l'idée que la compétition est le phénomène naturel dominant dans la nature est largement véhiculé dans les média Ceci est particulièrement flagrant dans les reportages animaliers lénifiants, dans lesquels la pauvre gazelle finit toujours par se faire boulotter par le lion, au nom de la lutte pour la vie permanente qui serait sensée régir la nature... Le pauvre Darwin a ainsi été embrigadé bien malgré lui dans la caravane de justifications bancales dont se pare le libéralisme, pour justifier les inégalités criantes qu'il engendre.

Pour en revenir aux USA, j'ai ressenti lors de mon séjour que la compétition et la violence étaient communément acceptées et occupaient une place très importante dans la société étasunienne. Outre le fait que le droit de posséder une arme soit inscrit dans le deuxième amendement de la constitution et que le pouvoir fédéral centralisé rime surtout avec armée aux USA, j'ai par exemple été estomaqué de m'entendre justifier l'invasion de l'Irak par la notion d' « agression préventive » : si tu suspectes ton voisin de vouloir te tuer, tu as le droit de l'attaquer le premier pour déjouer ses plans...

J'ai même été franchement traumatisé lorsque j'ai du subir une formation visant à m'inculquer les réflexes qui sauvent en cas de mitraillage en règle de mon bureau... Cette formation ne visait pas à se prémunir d'une éventuelle attaque terroriste, mais à réagir en cas d'accès de démence de nos propres collègues! La morale du « training »était : « OK, les USA sont un pays violent, donc il n'y a rien à faire d'autre que d'apprendre à se prémunir de cette violence » d'où la dite formation... Mais ni notre épais formateur, (ex-flic des unités spéciales SWAT, les amateurs de séries US apprécieront...) ni aucun de mes collègues présents) n'ont émis l'idée qu'il serait utile de limiter la circulation des armes (sauf en ce qui concerne un certain type de fusils d'assaut qui faisait vraiment trop de dégâts ... dans les rangs de la police). Aucun commentaire non plus sur l'absence de garde-fous (c'est le cas de le dire) sociaux, type assurance chômage. En effet, dans la majorité des tueries pédagogiques qui nous ont été présentées, le tueur avait bien souvent été licencié et avait fini par échouer dans la rue. Il m'a ainsi paru probable que la précarité très forte de ces travailleurs, par ailleurs copieusement exploités par leurs patrons, ait pu contribuer à les pousser aux dernières extrémités...





Références

Axelrod R. The evolution of cooperation. New York: Basic Books, 1984.

Jacquard A. La légende de la vie. Flammarion, 2008.

 

P.S. j'ai piqué l'idée de mettre une petite illustration musicale des notes sur l'excellent blog de Thierry Pelletier : la France de Toutenbas.
par Blondin publié dans : L'Amérique!!
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Vendredi 25 juillet 2008

Le prix de la vie

Je n'ai, heureusement, pas eu maille à partir avec le système de santé US... Je renverrai le lecteur intéressé au très bon film de Michael Moore, Sicko, pour un état des lieux. A propose de ce film (et de la campagne de diffamation qui sévit aux USA contre son auteur), il est d'ailleurs édifiant de lire cet article du « Weekly » d'Honolulu, un journal gratuit pourtant considéré comme « progressiste » à Hawaii. Le journaliste partage complètement la vision de Michael Moore quant à l'état « catastrophique » du système de santé US. Il ne peut cependant pas croire qu'il existe des systèmes de santé « publics » infiniment plus efficaces en France ou à Cuba (pays au sujet desquels les étasuniens devraient être « méfiants » (sic))... J'ai vécu l'expérience inverse : je ne pouvais simplement pas imaginer, après 30 ans passés au sein de la société française, que notre bonne vieille sécurité sociale n'existait pas aux USA... Le fait de devoir choisir « à la carte » (et payer pour) ma couverture maladie a été l'une des expériences qui m'ont fait comprendre les différences profondes existant entre les sociétés françaises et étasuniennes. Il s'agit ni plus ni moins que d'un pari sur l'avenir, dans lequel on met simplement en jeu sa santé... On peut économiser quelques sous en choisissant une couverture minimale (quant on a le choix) ou se rassurer en prenant un maximum de garanties, au prix d'une facture plus salée (et sans réel protection en cas de gros souci de santé, cf. Sicko).

Quoi qu'il en soit, confier la santé des étasuniens à des compagnies privées qui, pour maximiser leurs profits, ont intérêt à refuser le remboursement d'un maximum de soins, ne semble par permettre d'assurer le meilleur état de santé au plus grand nombre... Un récent classement confirme que le système d'assurance maladie du pays le plus riche du monde est bien le pire de tous les pays développés..., malgré le fait que les USA dépensent presque deux fois plus d'argent pour la santé de chaque habitant que la France [Amiech & Vaury,2003]! Malgré cette débauche de moyens, 50 millions d'étasuniens (presque 20% de la population totale...) ne peuvent se permettre de souscrire une assurance maladie [Larrouturou, 2007]. Une nouvelle fois, le libéralisme est loin d'être le système le plus efficace pour résoudre ce problème...

Je trouve cet aspect de la société US profondément choquant. Car il s'agit bien là de la vie d'êtres humains que l'on monnaye. Mon prof de percussion africaine à Hawaii n'avait pas de couverture maladie : il avait le choix de vivre ne marge de la société. Un jour, il m'a dit tranquillement que l'avant-veille, il avait eu tellement mal au ventre qu'il avait bien cru ne pas passer la nuit. Il était résigné, il savait qu'on aurait refusé de le soigner dans quelque clinique que ce soit... Il n'était pas solvable, pas assuré, bref sans valeur dans cette société que l'on nous présente en modèle... On peut vouloir faire du profit, posséder d'avantage que son voisin, mais je considère qu'il est de notre devoir d'humain de mutualiser nos richesses pour assurer la survie d'un maximum de nos semblables. Les systèmes de santé par répartition (ou « socialisés » comme on les appellent aux USA) sont les plus efficaces médicalement et économiquement parlant, car ils évitent la multiplication de systèmes de gestion concurrents [Amiech & Vaury, 2003] et permettent de soigner les pathologies avant qu'elles ne deviennent trop graves. Il faut se battre pour les préserver.

par Blondin publié dans : L'Amérique!!
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Vendredi 18 juillet 2008

Le cerveau fou


L'énergie des hydrocarbures nous a permis de nous affranchir (temporairement) de la majorité des contraintes d'espace et de temps : nous (nantis occidentaux) pouvons nous déplacer ou communiquer comme bon nous semble et quasi instantanément, aux quatre coins de la planète. Les humains sont ainsi plus connectés que jamais, formant une sorte de fourmilière protéiforme, dans laquelle les ouvrières ont troqué les pistes chimiques et les contacts antennaires contre la télévision, l'internet et le téléphone portable. Malgré des initiatives collaboratives innovantes (dont les logiciels libres sont l'expression la plus prometteuse), ces nouveaux média de communication ne sont cependant généralement pas utilisés afin d'améliorer la coordination entre les membres de la fourmilière, de façon à améliorer le fonctionnement de la colonie.

Tous nos moyens de communication servent en effet principalement à véhiculer une propagande capitaliste parfaitement huilée.

Celle-ci vise à créer sans cesse des besoins de plus en plus futiles et virtuels à une majorité d'humains. Sous le couvert d'une idéologie dite « libérale » qui exalte la réussite individuelle, la compétition à tout crin et la concurrence non faussée, les quelques grands groupes propriétaires de la presque totalité des média mondiaux inondent la planète de publicités visant à changer chaque humain en un consommateur enthousiaste et servile. Les messages véhiculés sur la toile planétaire, ne visent pas assurer un fonctionnement harmonieux de la « communauté » humaine, mais à la plonger dans l'addiction consumériste la plus totale. Il ne s'agit pas de partager les richesses limitées de la planète parmi le plus grand monde, mais de drainer un maximum de richesses dans l'escarcelle de très peu.

Le cerveau central, niché dans les centres de diffusion des grands média, n'est pas un grand organisateur coordonnant des organes ou des individus, afin de maintenir la cohésion de l'ensemble. Il distille au contraire des drogues subtiles qui rendent apathiques et dépendants les organes.

Les informations et réclames diffusées par les médias agissent comme une morphine médiatique, évitant à court terme des réactions trop violentes ou douloureuses des organes, mais occasionnant à long terme une dépendance destructrice. Le système ainsi créé est bien sûr totalement non durable à échelle temporelle large : les besoins nouveaux créés en permanence sont assouvis en dilapidant à vive allure les ressources planétaires, tandis que les déchets occasionnés achèvent d'empoisonner les toxicomanes béats (et leurs dealers).

Les habitants des nations les moins favorisés aspirent maintenant à entrer dans la danse consumériste, car ils sont eux aussi exposés aux sirènes de l'économie capitaliste. Ils tournent comme des phanères autour des spotlights des publicités de l'occident, allant jusqu'à se consumer totalement dans leur exode vers la terre promise. Alors, l'occident dresse des barrières, des chiens, tente d'ignorer cette marée humaine attirée inexorablement par l'imagier clinquant que les média déversent sur ces pays. Comment imaginer stopper ce mouvement d'exode, alimenté par les puissantes images produites par ceux là mêmes qui veulent l'arrêter? Comment empêcher ces organes autrefois serviles de participer au partage des nutriments détournés par le cerveau fou?

par Blondin publié dans : Gestion planétaire durable
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