Le retour du Jedi? Michael Moore
J'ai jusque là dressé un tableau assez noir de mon « réveil américain » et vous pourriez à ce stade me taxer d'anti-étasunien primaire... Mais ce qui a rendu mon expérience outre atlantique encore plus marquante, c'est que la grande majorité des étasuniens, pris individuellement, sont éminemment sympathiques. Il est d'ailleurs beaucoup plus facile d'engager une conversation dans les rues d'Honolulu que dans celles de Paris! J'ai ainsi appris à dissocier complètement les habitants et le gouvernement d'un pays (il était temps, avec notre nouveau gouvernement...). Je pense que cette dissociation est absolument révélatrice de la déconnexion qui existe de plus en plus entre deux entités, les « élites » dirigeantes et le peuple, qui poursuivent de moins en moins les mêmes objectifs. Mais les gouvernements camouflent cette divergence d'objectifs en exigeant de plus en plus des privilégiés qui ont un travail, ainsi qu'en déversant sur les masses laborieuses un tombereau de propagande et une marée de « divertissements » anesthésiants (c.f. cette interview de Noam Chomsky sur le décalage entre opinion et poliques publiques aux USA).
Et alors? et personne ne sort du rang? aucune voix ne s'élève contre le discours terrorisant de Fox news et autres bras armés des « neo-cons » (pour neo-conservatives, c'est comme ça qu'on appelle les libéraux extrêmistes tendance Bush aux USA). Si, bien-sûr, il existe des « whistle-blowers », des « donneurs d'alertes », mais ils ont fort à faire dans un paysage politique sans gauche et face à la machine de guerre médiatique républicaine.
Le plus célèbre (et le plus
controversé d'entre eux) est Michael Moore.
Depuis son engagement forcené contre la réélection de Bush en 2004, il a été carbonisé par les médias US, obligeamment relayés par leurs confrères du reste du monde. La machine à broyer médiatique US lui a accolé l'étiquette de menteur et il est largement discrédité, même chez les intellectuels progressistes. On lui reproche en gros d'utiliser les mêmes tactiques que la grosse machinerie médiatique qu'il entend combattre, c'est à dire le « selective editing », le saucissonnage des images pour ne conserver que celles qui servent son propos. S'il est vrai que Big Mike a tendance à grossir le trait (mais bon, il faut ça dans l'entertainment US), il n'a perdu aucun des nombreux procès que les armées de juristes embauchés par ses détracteurs n'ont pas manqué de lui intenter. Il produit ainsi sur son site internet une liste impressionnante de sources étayant les faits présentés dans ses films. Je citerais enfin deux anecdotes personnelles assez révélatrices.
La première est le refus pur et simple opposé par le seul supporter assumé de Bush que j'ai rencontré aux USA (un étudiant brésilien), de poursuivre toute discussion, dès que le nom, ou des faits rapportés par Michael Moore sont mis sur le tapis. Etrange manoeuvre rhétorique (et aveu d'impuissance implicite), que de refuser tout dialogue sur certains sujets sensibles...
J'ai déjà relaté la seconde anecdote dans mon billet sur le système de santé US. Elle concerne une critique du dernier (et excellent) film de Michael Moore : Sicko. Cette critique a été publiée dans un journal, pourtant plutôt de gauche et intéressant, le Weekly de Honolulu, journal gratuit qui couvre les informations locales et culturelles à Oahu. Le journaliste reconnaît avec Big Mike que le système d'assurance maladie aux Etats Unis est catastrophique (« abysmal »), mais il reproche à Michael Moore sa façon de présenter les systèmes de santé cubains, français, canadiens et anglais. Il lui est impossible d'imaginer des systèmes de santé où l'essentiel des soins est remboursé, et surtout si l'info vient de Michael Moore... Comme il est très difficile pour un français de se représenter concrètement le système de santé étasunien sans y être confronté pratiquement : choisir sa compagnie d'assurance maladie privée : décider si l'on prend le risque de sacrifier ses dents, ses yeux, le remboursement de l'ambulance, pour quelques dollars de plus...On le voit, la propagande est bien huilée...
Blondi.NET