Samedi 26 juillet 2008

Struggle for life

La société capitaliste US est basée sur l'idée que la compétition est bénéfique, qu'elle stimule et révèle le potentiel créatif de chacun, permettant ainsi de produire plus de richesses et donc, de bonheur. Cette théorie du marche ou crève est souvent justifiée par de vaseuses allusions à la théorie darwinienne de l'évolution. Il est en effet commode de dire : regardez! c'est ce qui se passe dans la nature! Nous faisons partie de la nature, il est donc normal de se comporter comme elle!

Le problème est que la théorie darwinienne de l'évolution ne s'applique qu'au niveau de l'individu.

Lorsque l'on passe au niveau du groupe, on se rend compte que ce sont au contraire que les phénomènes de coopération deviennent nécessaires afin d'assurer la cohésion sociale au sein de groupes [Axelrod, 1984]. Les relations de coopération se substituent ainsi aux comportements de pure compétition dans la nature [Jacquard, 2008], ainsi que dans les sociétés humaines, dès lors que plusieurs individus sont en interaction pendant un laps de temps suffisamment long [Axelrod, 1984]. Darwin l'a d'ailleurs écrit lui-même dans un ouvrage postérieur à son fameux « De l'évolution des espèces » :

« It must not be forgotten that although a high standard of morality gives but a slight or no advantage to an individual man and his children over the other men in his tribe, yet that an advancement of morality and an increase in the number of well-endowed men will certainly give an immense advantage of one tribe over another. »
« Nous ne devons pas perdre de vue que, si un haut sens moral ne procure qu'un avantage très mineur, voire nul, à un individu isolé et à sa descendance, par rapport aux autres membres de sa tribu, un accroissement de la moralité et du nombre d'hommes de bonne volonté au sein d'une tribu lui donnera au contraire certainement un immense avantage sur une autre tribu moins solidaire. »
Charles Darwin, The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex, Londres, John Murray, 2 volumes, 1871. [2e éd. : 1874 avec une note additionnelle de Th. Huxley]

Donc, à moins de se destiner à vivre toute sa vie seul, sans contact autres que violents avec les autres, la justification darwinienne de notre monde capitaliste manque singulièrement de fondements scientifiques. Pourtant, l'idée que la compétition est le phénomène naturel dominant dans la nature est largement véhiculé dans les média Ceci est particulièrement flagrant dans les reportages animaliers lénifiants, dans lesquels la pauvre gazelle finit toujours par se faire boulotter par le lion, au nom de la lutte pour la vie permanente qui serait sensée régir la nature... Le pauvre Darwin a ainsi été embrigadé bien malgré lui dans la caravane de justifications bancales dont se pare le libéralisme, pour justifier les inégalités criantes qu'il engendre.

Pour en revenir aux USA, j'ai ressenti lors de mon séjour que la compétition et la violence étaient communément acceptées et occupaient une place très importante dans la société étasunienne. Outre le fait que le droit de posséder une arme soit inscrit dans le deuxième amendement de la constitution et que le pouvoir fédéral centralisé rime surtout avec armée aux USA, j'ai par exemple été estomaqué de m'entendre justifier l'invasion de l'Irak par la notion d' « agression préventive » : si tu suspectes ton voisin de vouloir te tuer, tu as le droit de l'attaquer le premier pour déjouer ses plans...

J'ai même été franchement traumatisé lorsque j'ai du subir une formation visant à m'inculquer les réflexes qui sauvent en cas de mitraillage en règle de mon bureau... Cette formation ne visait pas à se prémunir d'une éventuelle attaque terroriste, mais à réagir en cas d'accès de démence de nos propres collègues! La morale du « training »était : « OK, les USA sont un pays violent, donc il n'y a rien à faire d'autre que d'apprendre à se prémunir de cette violence » d'où la dite formation... Mais ni notre épais formateur, (ex-flic des unités spéciales SWAT, les amateurs de séries US apprécieront...) ni aucun de mes collègues présents) n'ont émis l'idée qu'il serait utile de limiter la circulation des armes (sauf en ce qui concerne un certain type de fusils d'assaut qui faisait vraiment trop de dégâts ... dans les rangs de la police). Aucun commentaire non plus sur l'absence de garde-fous (c'est le cas de le dire) sociaux, type assurance chômage. En effet, dans la majorité des tueries pédagogiques qui nous ont été présentées, le tueur avait bien souvent été licencié et avait fini par échouer dans la rue. Il m'a ainsi paru probable que la précarité très forte de ces travailleurs, par ailleurs copieusement exploités par leurs patrons, ait pu contribuer à les pousser aux dernières extrémités...





Références

Axelrod R. The evolution of cooperation. New York: Basic Books, 1984.

Jacquard A. La légende de la vie. Flammarion, 2008.

 

P.S. j'ai piqué l'idée de mettre une petite illustration musicale des notes sur l'excellent blog de Thierry Pelletier : la France de Toutenbas.
par Blondin publié dans : L'Amérique!!
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